Que disent les études récentes à propos du perfectionnisme ?

Le perfectionnisme n’est pas simplement le fait de vouloir bien faire. Les recherches récentes le décrivent plutôt comme un ensemble de dimensions différentes, dont les effets psychologiques ne sont pas les mêmes.

Illustration du perfectionnisme et de la recherche d’un résultat parfait

Les psychologues distinguent généralement les efforts perfectionnistes et les préoccupations perfectionnistes. Les premiers renvoient au fait de viser des standards très élevés, tandis que les secondes concernent surtout la peur de l’erreur, l’autocritique, les doutes et l’impression de ne jamais être à la hauteur.

Cette distinction est importante, car les préoccupations perfectionnistes sont beaucoup plus fortement liées à la souffrance psychologique que les efforts perfectionnistes.

Chez l’adulte, une méta-analyse récente montre que les préoccupations perfectionnistes sont associées à davantage de symptômes d’anxiété, de dépression et de trouble obsessionnel-compulsif. Les efforts perfectionnistes, eux, sont aussi liés à ces difficultés, mais plus faiblement (Callaghan et al., 2023).

Chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes, on retrouve le même profil général. Ce sont surtout les préoccupations perfectionnistes qui sont associées à la détresse psychologique (Lunn et al., 2023).

Autrement dit, le problème semble moins venir du fait de viser haut que de la manière dont une personne réagit lorsqu’elle n’atteint pas ses propres attentes.

Excellence et perfection

Une autre idée importante de la littérature récente est qu’il faut distinguer la recherche de la perfection de la recherche de l’excellence (Gaudreau, 2019).

L’excellence correspond à l’idée de viser très haut, mais de façon souple et réaliste. Le perfectionnisme, lui, pousse davantage vers des standards irréprochables, rigides et souvent excessifs.

Les données disponibles suggèrent que viser la perfection n’apporte pas plus de bénéfices que viser l’excellence et peut même coûter plus cher sur le plan psychologique ou académique (Gaudreau et al., 2022).

Autrement dit, vouloir faire très bien peut être utile, mais vouloir faire parfaitement n’améliore pas forcément les résultats.

Image de soi

Les recherches récentes montrent aussi qu’une partie du perfectionnisme concerne le besoin de paraître parfait aux yeux des autres. Cette dimension est appelée présentation perfectionniste de soi (perfectionistic self-presentation).

Cette tendance est surtout liée à l’anxiété sociale, à la dépression et à une difficulté plus générale à montrer ses failles ou à demander de l’aide (Casale et al., 2024).

Le lien avec l’estime de soi est également important. Les formes les plus autocritiques du perfectionnisme vont de pair avec une moins bonne estime de soi, alors que le simple fait d’être ambitieux n’a pas le même poids (Khossousi et al., 2024).

Cela soutient l’idée que le perfectionnisme devient surtout nocif quand une personne finit par juger sa valeur à partir de ses performances.

Les études récentes ne disent pas qu’il faut renoncer à l’exigence. Elles montrent surtout que le risque commence quand bien faire ne suffit plus, que l’erreur devient intolérable et que l’estime de soi dépend du fait d’être irréprochable.